«Ça suffit» : à Vierzon, une résistance citoyenne s’organise face à la mairie d’extrême droite

Post by @jbmontero@mastodon.social
View on Mastodon
Olivier Rivet en a vu d’autres. Quinze jours de cavale, en 2002, pour avoir dérobé une urne électorale, cela vous tanne le cuir. Alors à la tête, avec son compagnon Sophiane Terchag, de la seule boîte de nuit gay de Bourges, il protestait contre ce qu’il dénonçait comme du harcèlement homophobe de la part de la préfecture du Cher. L’équipée avait fait les grands titres des journaux, Libé en tête, et s’était finie dans le bureau du juge. C’est dire si les tracasseries administratives de la nouvelle mairie d’extrême droite, à Vierzon, ne plongent pas notre quinquagénaire dans la dépression. Il préfère s’en moquer, quand on le rencontre un jour de juillet, derrière le comptoir du «Bistrot», sur la place arborée qui s’ouvre vers l’Yèvre, affluent du Cher. Le matin même, des agents municipaux sont passés le verbaliser pour avoir fait déborder sa terrasse entre les places de stationnements et les chênes d’Amérique. La loi c’est la loi, justifie le maire. Certes, mais elle ne s’abat pas sur les deux autres troquets du mail, qui s’étalent aussi entre les pare-chocs. Et puis Olivier Rivet la connaît, la loi. C’est en son nom, aussi, qu’il y a vingt ans, pleuvaient sur sa boîte de nuit les amendes pour «tapage nocturne» ou «fermeture tardive». Il connaît aussi l’homme qui, un matin, n’a pas pu s’empêcher de le leur dire en face : «Je vais vous faire respecter la loi, moi !» Bruno Bourdin, adjoint aux services techniques de la mairie, membre du Rassemblement national, dont il a été la tête de liste en 2014. Tag homophobe Fin juin, Rivet s’est encore vu notifier par la mairie que la deuxième édition de son «festival décalé» n’aurait pas lieu. Raison invoquée : il s’y est pris trop tard. L’année dernière aussi, rétorque l’homme : «Ce qui était possible avant avec un peu de volonté ne l’est plus avec eux, ils exigent de la soumission.» Et tant pis pour Vierzon, donc, qui a perdu cette animation de fin d’été, entièrement financée par Rivet. «Il n’y a plus de copinage ni de clientélisme avec nous, Monsieur Rivet n’a qu’à se mettre dans les clous, il sera traité comme tout le monde», répond le nouveau maire, Yannick Le Roux. Victime aussi d’un tag homophobe sur la devanture du Zouzou bar, son autre établissement, au lendemain du second tour de l’élection municipale, le 23 mars 2026, le patron finit par demander : «Vingt ans après l’urne, où en est-on ? A-t-on avancé ?» Extrême droite : dans les nouvelles mairies RN, un mois à tout casser Sans doute, oui. Cette fois, pas besoin de cavale et plusieurs dizaines de Vierzonnais ont prévu d’aller le soutenir, samedi 1er août. Ils appartiennent à un collectif citoyen monté par un couple, Rémy Beurion et Betty Delcourt, à l’origine animateurs du blog Vierzonitude, celui que «personne ne lit mais dont tout le monde parle» qui, indignés par un énième commentaire raciste sur leur page Facebook, se sont dit : «Stop, ça suffit», et ont monté la structure du même nom. Très vite, à leur noyau, se sont amarrées d’autres organisations et monades un peu esseulées après la défaite de la gauche. «Matérialiser la haine virtuelle» On en rencontre une vingtaine dans la salle de réception du comité d’entreprise de la SNCF, fenêtres ouvertes sur les voies ferrées. Communistes, insoumis, associatifs, écolos, socialistes et simples citoyens : depuis une paire de mois, ils mènent la vie dure à la mairie en multipliant les actions. Quand la municipalité supprime, début juin, par mesure d’économies, l’aide à la scolarité, la place de l’hôtel de ville se voit dès le lendemain fleurir d’une couronne : «A nos regrettées aides à la scolarité.» La couronne enlevée, c’est une pancarte, le lendemain, qui affiche : «Ici reposait l’aide à la scolarité, même la gerbe commémorative a disparu.» Nouveau ménage, nouveau placard : «Ici repose la stèle qui rendait hommage à la gerbe commémorant l’aide à la scolarité.» Reportage «Il est hors de question qu’on vive dans la peur» : à Carcassonne, lycéens et étudiants mènent la résistance contre le maire RN La force du collectif réside dans sa réactivité. Après la condamnation en appel de Marine Le Pen dans l’affaire des assistants européens du RN, qui lui permettait cependant de participer à la présidentielle, les rues se noircissent d’affiches «Pour la France, la renaissance», imprimées par le RN. Aussitôt des mains anonymes griffonnent «voleurs» sur la pose christique de la condamnée. Idem pour les autocollants de groupuscules néofascistes comme le «Comité du 9 mai», qui sont apparus pour la première fois de l’histoire vierzonnaise sur les poteaux de la ville. Recouverts, instantanément, grâce à cette veille citoyenne, qui vient appuyer le travail des élus d’opposition. «On n’aurait rien pu faire tout seuls», assure Maryvonne Roux, la tête de liste défaite de la gauche. Dernière action en date du collectif : l’affichage, en grand et en plastique, des multiples commentaires racistes publiés sous les posts de la ville de Vierzon ou de la page du maire. «On voulait matérialiser la haine virtuelle», explique Rémy Beurion. «Ces gens sont venus détériorer le matériel municipal», s’agace Le Roux dans son bureau. Pour lui, cette agitation est minoritaire et le collectif «un groupuscule, vingt ou trente agités», au maximum. Une façon sans doute un peu hâtive de qualifier une opposition qui, fait rare dans une commune gagnée par l’extrême droite, ne désarme pas. L’ancien policier a beau n’afficher qu’une seule préoccupation : l’assainissement des finances de la ville, afin de restaurer ses capacités d’investissement et financer sa très coûteuse politique sécuritaire (doublement et armement de la police municipale, brigade cynophile, vidéosurveillance généralisée…), l’activisme de ses opposants l’inquiète. Des échos en sont parvenus jusque dans les couloirs du RN, à Paris. Où un cadre avoue se demander si l’exemple vierzonnais ne risque pas de donner des ailes aux autres oppositions des villes frontistes.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

procès gael perdriau ; fin des débats .délibéré au 1er décembre 2025.