procès gael perdriau ; fin des débats .délibéré au 1er décembre 2025.

Procès de Saint-Étienne, jour 7 : la défense du maire charge son ancien directeur de cabinet En clôture du procès du chantage à la sextape, les avocats de Gaël Perdriau ont plaidé la relaxe de leur client. D’après eux, le bras droit du maire aurait tout « commandité » dans son dos. Le jugement sera rendu le 1er décembre. Les absents ont toujours tort, surtout quand les accabler peut aider à plaider une relaxe. Au septième et dernier jour du procès du chantage à la sextape, l’ex-directeur du maire de Saint-Étienne, Pierre Gauttieri, ne s’est pas présenté au palais de justice de Lyon. La veille, il avait annoncé au tribunal que les longues journées d’audience devenaient trop dures à supporter au regard de son état de santé.
Mais l’ombre de l’ex-bras droit de Gaël Perdriau est apparue en toile de fond d’une grande partie de la défense de l’édile mis en cause pour chantage, association de malfaiteurs et détournement de fonds publics. Dans ses réquisitions, la procureure adjointe Audrey Quey avait présenté le maire comme le décideur et premier bénéficiaire du complot dont a été victime son ancien premier adjoi: nt, Gilles Artigues, filmé à son insu en janvier 2015 et victime d’un chantage les années suivantes. Mardi 30 septembre, les plaidoiries des trois avocats du maire consistent à tenter de convaincre le tribunal de changer le regard sur l’organisation derrière ce kompromat : plutôt que de dessiner une pyramide dont la tête est Gaël Perdriau, il conviendrait de remplacer ce dernier par son ancien directeur de cabinet, expliquent les avocats. Gaël Perdriau entouré de ses avocats, au 7e jour du procès du chantage à la sextape de la mairie de Saint-Étienne, au palais de justice de Lyon le 30 septembre 2025. © Photo Bruno Amsellem / Divergence « Aujourd’hui sa chaise est vide mais Pierre Gauttieri, doit-on le rappeler, il est partout dans le dossier, du début à la fin, appuie Benoît Martinez, un des défenseurs de Gaël Perdriau, il est le commanditaire du piège. » Au cours de l’enquête, de nombreux témoignages et documents sont venus confirmer que le directeur de cabinet a participé à la conception du traquenard à l’été 2014, qu’il a reçu une copie d’un teaser de la sextape au premier semestre 2015, puis l’intégralité de la vidéo quelques mois plus tard. Après des mois de dénégation au début de l’affaire révélée par Mediapart en août 2022, l’ancien lieutenant de Gaël Perdriau a changé totalement de version en décembre 2023, pour reconnaître ses propres agissements devant les juges d’instruction. Mais il a aussi lourdement mis en cause l’élu pour lequel il a travaillé pendant près de dix ans, qui est, selon lui, le commanditaire de toute cette machination. Ce retournement ne serait que le fruit, aux yeux des avocats, d’une volonté d’« atténuer sa propre responsabilité ». « Acculé, il tente de se justifier en expliquant qu’il a agi sur ordre. Cette histoire du directeur de cabinet qui joue le rôle de fusible, c’est l’histoire la plus simple. Mais votre tribunal ne doit pas céder à la tentation d’associer le maire avec son directeur de cabinet », déclare Me Martinez. L’avocat, qui travaille aux côtés d’un avocat de Nicolas Sarkozy, Christophe Ingrain, muscle sa démonstration moins d’une semaine après la condamnation de l’ancien président pour association de malfaiteurs avec ses deux lieutenants, Claude Guéant et Brice Hortefeux. Ressentiment personnel À entendre la défense du maire, Pierre Gauttieri, longtemps présenté comme le soldat le plus loyal de Gaël Perdriau, aurait en réalité joué sa propre partition, par ressentiment personnel à l’égard des victimes du piège. Et le maire n’aurait jamais rien retiré de cette opération, pas même une mise sous contrainte politique de Gilles Artigues. « Le duo qu’on ne cesse de vous présenter entre Gaël Perdriau et Pierre Gauttieri est un solo, et Pierre Gauttieri est un soliste », dépeint Benoît Martinez, en se focalisant sur deux éléments du dossier. Dans un enregistrement d’août 2015, le directeur de cabinet ne déclare-t-il pas à Gilles Rossary-Lenglet, un autre acteur du complot, qu’« il y a des choses qu[’il] préfère ne pas dire à Gaël, parce que si ça tourne au vinaigre… » ? Fin 2015, une autre vidéo montre Rossary-Lenglet et Gauttieri qui réfléchissent à l’élaboration d’un second kompromat contre un autre élu, l’ancien maire Michel Thiollière. Le directeur de cabinet a, là aussi, indiqué qu’il agissait au nom du maire, mais les juges d’instruction n’ont pas retenu ces déclarations pour mettre en cause l’élu. « Le volet Michel Thiollière, c’est la démonstration que le directeur de cabinet peut agir seul », énonce, s’engouffrant dans la brèche, un autre avocat du maire, Jean-Félix Luciani, qui s’échine lui aussi à décoller les deux prévenus. « Que des gens fassent des choses en cachette des autres, je pense qu’il y a un certain nombre de couples ici qui pourraient le confirmer », avance l’avocat. « Que Gaël Perdriau ait été mal entouré, c’est une certitude », mais cela n’en fait pas un coupable, insiste Me Luciani, en étrillant aussi l’autre accusateur du maire, Gilles Rossary-Lenglet. Ce dernier est présenté comme un menteur incontrôlable, qui aurait raconté une « fable » sur le financement présumé de l’opération avec des fonds publics pour incriminer l’élu. L’avocat du maire passe plus rapidement sur les deux documents les plus lourds pour son client, dont il tente de réduire la portée devant le tribunal. En novembre 2017 et juillet 2018, au cours de rendez-vous dans son bureau à la mairie, Gaël Perdriau et Pierre Gauttieri ont tous les deux menacé Gilles Artigues de diffuser la vidéo, d’après des audios fournis par ce dernier aux enquêteurs. Et le maire, bien loin de réfréner son directeur de cabinet, mentionne lui aussi la sextape. « Nous n’avons que deux enregistrements. C’est certes deux de trop, mais pourquoi il n’y a rien de plus ? », interroge d’abord Jean-Félix Luciani en évoquant ensuite des « paroles idiotes ». « Qu’il ait eu une réaction inadaptée, qu’il ait eu une réaction de colère, il est le premier à le dire, mais est-ce que ça fait de lui un coupable ? Certainement pas. » À l’été 2018, dans un SMS retrouvé par les enquêteurs, le maire rit aussi autour du surnom de l’escort avec l’homme qui a entraîné Gilles Artigues dans la chambre d’hôtel trois ans plus tôt, son adjoint à l’éducation Samy Kéfi-Jérôme. Simple « blague de vestiaire », justifie Me Luciani. La répression, c’est l’inverse de la vengeance, du lynchage. Mathias Chichportich, avocat de Samy Kéfi-Jérôme Gaël Perdriau est le seul des quatre principaux prévenus à clamer son innocence. La veille, Pierre Gauttieri, qui n’est défendu par aucun avocat, avait réitéré ses excuses aux victimes de ses agissements. « Ce n’est pas parce que le pouvoir existe qu’on est obligés d’en arriver à ce que nous avons fait. Aujourd’hui encore, je me demande comment nous avons fait pour en arriver là, des gens à peu près intelligents, nous avons basculé », avait-il exprimé dans une courte déclaration, sans faire de plaidoirie, n’étant « pas juriste ». Pour Gilles Rossary-Lenglet, son avocate Vicky Mazoyer a défendu le choix, quoique « déroutant », de « dire la vérité, toute la vérité, même si elle est moche et dégueulasse ». « Ce n’est pas le gentil lanceur d’alerte bienveillant », a-t-elle convenu au sujet de son client, qui s’est lourdement auto-incriminé depuis le début, sans varier de version. « Depuis trois ans, il est présenté comme un affabulateur, un menteur, un manipulateur, un sorcier ou une Castafiore, mais son expertise psychologique le montre : il n’a pas de trouble de personnalité, ce n’est pas un mythomane. » Insistant sur le fait que Gilles Rossary-Lenglet revendiquait avoir « mis en œuvre » le piège mais affirmait ne pas en être le commanditaire, l’avocate attend du jugement du tribunal qu’il « corresponde exactement et strictement à l’implication de chacun, ni plus ni moins ». L’avocat de l’ancien adjoint Samy Kéfi-Jérôme, Mathias Chichportich, a expliqué sa participation « sobre » et « très discrète » aux débats pendant une semaine par l’« immense sentiment de honte » qui ronge aujourd’hui son client. « Face à la honte qui est la sienne, on ne rajoute pas du sordide au sordide, du pathétique au pathétique, de la souffrance à la souffrance », a-t-il plaidé, revenant sur le cheminement de son client, passé de la « sidération » en août 2022 à la « colère » puis au « déni », avant d’affronter « sa responsabilité » début 2024. « Tous les qualificatifs ont été utilisés pour décrire les faits. La justice doit le constater et la justice doit le réprimer », reprend Me Chichportich. « Mais la répression, c’est l’inverse de la vengeance, du lynchage », prolonge-t-il en invitant le tribunal à prendre en compte « l’évolution » de son client. « Toute la difficulté qui est la vôtre s’agissant de M. Kéfi, c’est que vous allez devoir juger la responsabilité de mon client de 2015, celui qui a participé à ce piège odieux avec un cynisme effectivement assez glaçant, et non l’homme de 2025. » Samy Kéfi-Jérôme a démissionné de la mairie de Saint-Étienne, il s’est mis en retrait de son mandat au conseil régional (pour lequel il continue de toucher des indemnités), est devenu serveur et a totalement « quitté depuis trois ans l’écosystème dans lequel il était ». « Cela n’ajoutera rien à la situation qu’il passe un jour en prison », soutient son avocat. Le tribunal met sa décision en délibéré au 1er décembre 2025.

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