les frais de nos élus qui se servent d'abord et qui ne serve pas la franceShopping à New York, bols à prénom, maillots de bain… Révélations sur les étonnantes notes de frais des maires d’arrondissement parisiens

Shopping à New York, bols à prénom, maillots de bain… Révélations sur les étonnantes notes de frais des maires d’arrondissement parisiens Article réservé aux abonnés En pleine polémique sur les notes de frais de la maire de Paris, Anne Hidalgo, «Libération» a pu consulter en exclusivité les dépenses de représentation de l’ensemble des maires d’arrondissement et en analyser le détail. La campagne des municipales à Paris a commencé avant même que les feuilles d’automne ne tapissent le sol. Et a fortiori largement avant le début de la période officielle pour ces élections, qui ne se tiendront qu’en mars. C’est dire l’enjeu. Le mois dernier, l’association Transparence citoyenne, notamment financée par le milliardaire d’extrême droite Pierre-Edouard Stérin, et le site Mediapart ont épluché les frais de représentation d’Anne Hidalgo et listé des dépenses de vêtements, notamment Dior ou Burberry, ou d’autres frais de déplacements à Tokyo ou New York. Devant les attaques, émanant principalement de l’opposition de droite – même si Francis Szpiner, ex-maire LR du XVIe arrondissement, estime que «c’est un mauvais procès. Cela ne me choque pas» –, l’Hôtel de ville a assuré que toutes ces dépenses respectaient le cadre légal. La maire a déposé plainte contre X vendredi 26 septembre. Dans la foulée, c’est le maire du XVIIIe arrondissement, le socialiste Eric Lejoindre, qui a été épinglé par Enzo Morel, membre de «SaccageParis», un mouvement qui tire à boulets rouges sur la mairie de gauche depuis des années. Et le militant de publier au compte-goutte des justificatifs de frais de Lejoindre, notamment dans un restaurant étoilé ou comportant des menus enfants. Après ces épisodes ciblés, la maire de Paris a décidé de riposter, et annonce ce jeudi 2 octobre, «dans un souci constant de transparence et de responsabilité», selon son communiqué diffusé à la mi-journée, ouvrir la boîte de Pandore des frais de représentation des maires d’arrondissement. La boîte de Pandore ? Avant cela, en exclusivité, Libération a pu consulter les milliers de factures et de justificatifs remis chaque année par la mandature actuelle au service dédié au sein de l’administration municipale, la Direction de la démocratie, des citoyens et des territoires (DDCT), depuis l’élection des maires d’arrondissement le 11 juillet 2020 jusqu’à la fin de 2024. Et si les règles établies en 2019 par l’équipe municipale, en liaison avec la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) semblent respectées, les justificatifs apportés par la plupart des élus surprennent, voire interrogent parfois, sur la forme comme sur le fond. Nos révélations devraient lancer un sacré débat sur l’utilisation des fonds de représentation par les édiles, aussi vieux que la création de la ville de Paris sous sa forme actuelle, en 1975. «Chacun est responsable de sa propre conduite, suggère à Libération Jean-Pierre Lecoq, le maire LR du VIe arrondissement, élu depuis 1994. Cela a toujours été un sujet épineux.» La preuve, Philippe Goujon, édile LR du XVe, remarque que «dès qu’Hidalgo est attaquée», apparaît selon lui dans le débat public «une petite représaille mesquine»… En tout cas, Anne Hidalgo n’était pas la seule à s’offrir une belle robe. Certains élus – de tous bords – ont dépensé des sommes folles dans l’achat de vêtements entre 2020 et 2024 (1). Repas dans les grandes tables parisiennes, apéritifs au champagne, dépenses en chocolats, mais aussi caisses de champagne, menus enfant, bougies antiodeurs de tabac et livres : les frais de représentation offerts aux maires d’arrondissement servent à représenter leurs électeurs, mais pas seulement, à en croire l’examen de leurs dépenses. Un fonctionnement encadré mais souple à la fois Le système est simplissime. Un «mémento» fixant les règles a été adopté en septembre 2020. Les frais de représentation s’élèvent à 19 720 euros par an pour le ou la maire de Paris, et à 11 092 euros pour les maires d’arrondissement. Un forfait divisé par douze et versé tous les mois en même temps que l’indemnité de fonction – le «salaire» de l’élu. Si toute la somme n’a pas été consommée ? Chaque édile doit rembourser le solde. Dans le mémento, les dépenses autorisées sont plutôt larges : des «frais de représentation», notamment les repas, au restaurant ou non, «à l’occasion de manifestations ou de réceptions auxquelles ils participent dans le cadre de leurs fonctions», mais aussi des «cadeaux protocolaires», notamment des livres, de la maroquinerie, des fleurs, des objets décoratifs ou des produits alimentaires, et même «des cadeaux pour des événements particuliers», comme… des peluches lors de naissances. Les «frais liés à l’apparence», comme les vêtements, le pressing, les coiffeurs ou les «soins de beauté», sont également autorisés. Et certains ne s’en privent pas, comme Jeanne d’Hauteserre, édile LR du VIIIe arrondissement, et ses 35 779,65 euros de frais de vêtements en quatre ans et demi, ou, bien moins onéreuse, Florence Berthout, la maire du Ve étiquetée Horizons, qui s’est rendue à 20 reprises chez le coiffeur en 2021. «Hélas, quand on est une femme… réagit-elle. Je préférerais ne pas avoir à le faire. Et d’ailleurs, j’y allais moins avant d’être maire.» Delphine Bürkli (Horizons, IXe) est, quant à elle, cliente régulière d’un salon de la rue des Martyrs, dans son arrondissement – elle n’a pas répondu à Libération. Selon le cadre fixé en 2020, «les frais engagés doivent être en relation directe avec l’exercice du mandat» et «les dépenses payées doivent avoir un caractère raisonnable». «Ces frais font partie de la représentation qui est la nôtre», argumente Jeanne d’Hauteserre. Mais elle le reconnaît : «Il faut désormais les supprimer. On demande à nos concitoyens de se serrer la ceinture et de faire attention, on a eu un privilège qu’il faut désormais abandonner. Dans le privé, on s’habille avec son propre argent.» Francis Szpiner, le maire du XVIe, appelle à mettre en place «une nomenclature des frais de représentation très précise», de dire à qui seraient destinés les cadeaux et de fixer un montant maximal. Florence Berthout appelle, elle aussi, à ce que l’on «fixe un cadre financier. Après, c’est une question de bon sens : j’ai vu des choses qui m’ont gênée, pour ne pas dire choquée». Sans citer de nom. Certaines de ces dépenses peuvent être amenées à être retoquées, même si, assure la mairie de Paris, cela reste «très marginal». Une contravention pour stationnement gênant au nom d’un chauffeur de la ville présentée par le maire PS du XIe, François Vauglin, a ainsi été rejetée, ou la facture d’achat d’un poncho pour femme, dont le justificatif adressé par son collègue du VIe n’a pas été validé. La chambre régionale des comptes d’Ile-de-France peut, de son côté, effectuer un autre contrôle. Mais si elle a publié la semaine dernière un rapport sur la situation financière de la capitale entre 2021 et 2024, ces notes de frais n’ont pas été épinglées, au contraire du nombre élevé de collaborateurs pour l’ensemble de la collectivité parisienne ou des frais de pub et de relations publiques. Rachida Dati, maire la plus économe En tout cas, la dotation annuelle est diversement utilisée par les élus parisiens. Il y en a un qui a, entre 2020 et 2024, consommé quasiment l’intégralité de l’enveloppe : Philippe Goujon, maire LR du XVe. Il n’a restitué que 654,45 euros sur les 49 605,87 euros qui lui ont été alloués sur la période. Parmi ceux qui dépensent moins que les autres, surprise : la maire la plus économe n’est autre que Rachida Dati (VIIe). Deux repas au deuxième semestre 2020 dans des restaus branchés de son arrondissement, Lily Wang (185 euros pour trois personnes dans ce fusion asiatique) et l’Esplanade (deux couverts à 67 euros), un autre en octobre 2021, encore chez Lily Wang (84,50 euros), et voilà pour ses seules dépenses aux frais des contribuables parisiens. Il faut dire que Dati est un cas à part : elle a commencé en février 2019 à s’enliser dans l’affaire Renault-Nissan, dans laquelle elle sera jugée en septembre 2026. Ses revenus et émoluments vont se retrouver au cœur du dossier instruit à Paris. Sollicitée, elle n’a pas souhaité répondre à Libération. Les frais de bouche des ministres et députés sont-ils plafonnés ? Les autres maires les moins dépensiers ? Quatre se détachent du lot. Celui du XXe, Eric Pliez (divers gauche), qui a reversé 18 809,09 euros dans les caisses parisiennes ; celui du XVIIIe, Eric Lejoindre (PS), qui a rendu 14 039,62 euros ; et celle du VIIIe, Jeanne d’Hauteserre (LR), qui a remis 13 826,22 euros à la ville. Et, en proportion, c’est Francis Szpiner, qui a quitté la mairie du XVIe pour le Sénat en 2023, qui est le deuxième moins dépensier. Avec Philippe Goujon, 150 euros par tête au restaurant L’immersion dans les notes de frais des maires parisiens réalisée par Libération permet de faire la tournée des grands-ducs de la capitale. Se détache, dans le peloton de tête des amateurs de bonne chère bien chère, le fameux Philippe Goujon, à la tête du XVe arrondissement depuis 2008. Cet ancien sénateur également passé à l’Assemblée nationale se rend très régulièrement dans les tables de son arrondissement ou du VIIe, contigu : chez Stéphane Martin, au Chez les anges, ou souvent aux Trois Présidents, la «cantine» des médias située au pied des locaux de BFMTV et en face du ministère des Armées, l’un de ses rendez-vous réguliers. «J’invite essentiellement des élus ou des personnalités de mon arrondissement, avec qui il faut être agréable et que je ne vais pas inviter au McDo», répond Philippe Goujon à Libération. Et quand l’intéressé reçoit ailleurs que dans son fief, c’est, dit-il, pour des raisons «de discrétion». Le maire du XVe déjeune rarement, à en voir ses notes de représentation, à moins de 110 ou 120 euros par personne, et les factures présentées à la mairie de Paris frôlent plutôt les 150 euros par bouche, voire plus. Au restaurant du Peninsula, le palace de l’avenue Kléber (XVIe arrondissement) propriété d’un fonds souverain du Qatar, l’addition atteint les 554 euros en juin 2022. Des repas sont pris, souvent en tête-à-tête, par le maire chez Bofinger (158 euros en tout en octobre 2024, incluant deux coupes de Moët pour ouvrir l’appétit), chez Marius (264 euros dont 85 de vin en décembre 2023 ou encore, en avril 2024, 271 euros dont 92 de vin), chez le gastronomique italien Penati Al Baretto (346 euros en décembre 2023 ou, en août 2024, 308 euros dont 92 de vin), à l’Atelier Maître Albert de Guy Savoy (224 euros), chez Thiou (284 euros en avril 2024 ou 280 euros en décembre de la même année), ou également chez Tosca, un Italien comme il se doit, où l’addition de 399 euros pour deux en décembre 2023 a été présentée au comptable parisien et remboursée. «Pleinement engagée» ou en décrochage : à Paris, Anne Hidalgo au défi de la fin de règne Tous ne dépensent pas autant pour leurs frais de bouche. Certes, les prix parisiens alourdissent d’emblée la note d’un repas, mais l’excuse est un peu trop rapide : l’offre est suffisamment diverse voire pléthorique dans la capitale – 15 000 cafés et restaurants, selon la dernière étude de l’Apur – pour permettre aux élus d’être plus sobres. Certains, comme Emmanuelle Pierre-Marie (Les Ecologistes, XIIe) ou Carine Petit (Génération·s, XIVe), dépassent d’ailleurs bien rarement les 30 euros par convive. Une représentation… loin de Paris Les frais réglés par les Parisiens pour leurs élus ne se limitent pas à des dépenses effectuées à l’intérieur du périph. Emmanuelle Pierre-Marie, du XIIe arrondissement, va demander le remboursement d’un restaurant au Havre ou bien d’une bouteille isotherme et de «quatre bols à prénom» à Cherbourg, ainsi qu’un bonnet glané le 31 décembre 2023 à Merville-Franceville-Plage (Calvados), avant d’en acheter un autre à Granville (Manche) le 30 décembre 2024. Des dépenses finalement assez faibles au regard de celles d’autres maires d’arrondissement. Maire LR du VIe, Jean-Pierre Lecoq passe depuis une «cinquantaine d’années», dit-il, ses vacances à La Baule ou au Pouliguen voisin (Loire-Atlantique), ce que confirment les nombreux achats sur place, loin de son arrondissement, dont il demande régulièrement le remboursement à la maire de Paris. Mais il a «arrêté» d’acheter des maillots de bain Vilebrequin, trop chers aujourd’hui, ce qui ne l’empêche pas de fréquenter assidûment la boutique de vêtements Bexley, où il se rend plusieurs fois par an, ou d’acheter des chaussures pour femmes, pour 745 euros en juin 2023. L’édile du VIIIe, Jeanne d’Hauteserre, qui visiblement est passée à Juan-les-Pins (Alpes-Maritimes) en juillet 2024, en a profité pour étendre son vestiaire déjà bien garni en s’offrant une blouse dans un multimarques de cette station balnéaire, Empreinte, pour 350 euros. Il y a aussi les amoureux de Londres et de New York. Lecoq apprécie ses virées anglo-saxonnes, d’où il revient avec une petite série de notes de frais. Principalement chez Harrods, le célèbre magasin londonien, lors de week-ends de fin d’année, comme ces 530 euros dépensés le 19 décembre 2022 ou ces 950 euros payés en trois fois pour des achats en octobre 2023. Il y a aussi un passage chez Harvey Nichols, la grande enseigne londonienne de la mode, avec par exemple une facture de 731 euros fin 2023. A New York, la virée shopping de ce mois d’août 2024 passe par la boutique de l’Empire State Building pour acheter un pull, le grand magasin Muji sur Broadway, ou la boutique des chaussures Vans sur la Ve Avenue. 415 euros avec pour justificatif une attestation sur l’honneur Le mémento précise que les élus sont censés adresser à la ville «les justificatifs (tickets de caisse ou factures) sur lesquels doivent apparaître la date, le montant dépensé et la preuve du paiement». Or, la plupart sont loin d’être de bons élèves, ce qui nuit autant à la transparence due au public qu’à l’intérêt de la démarche. La maire écolo du XIIe arrondissement, Emmanuelle Pierre-Marie, verse par exemple des captures d’écran de commandes en cours d’expédition sur les sites des marques Caroll ou Millet, ou alors une étiquette de vêtement Ruby avec indiqué uniquement le prix, de manière manuscrite. D’autres remettent à la ville leurs relevés bancaires, sans plus de détails, voire de simples tickets de carte bancaire, comme Philippe Goujon ou Jean-Pierre Lecoq. A charge pour les petites mains de la municipalité de se débrouiller avec. Avec le temps, ils en viennent à fournir quelques factures – sans aucune indication. «J’ai toujours refusé de donner les noms des gens avec qui je déjeune. D’ailleurs, ce sont souvent des journalistes», résume le maire du VIe. Seule élue en pointe sur la question de la transparence parmi les 17 maires d’arrondissement : l’élue PS du Xe, Alexandra Cordebard, qui accompagne depuis l’an dernier chaque facture d’une fiche «frais de réception» qui indique le lieu de la ripaille, le nom du ou des invités et leurs fonctions. Municipales 2026 : pour LR, une «vague bleue» au parfum de deals avec les macronistes On pourrait dire que l’un des maires, le socialiste François Vauglin (XIe), fait des efforts : il note souvent, dans l’un des coins supérieurs de la facturette remise aux services de la mairie, «cadeau de mariage», «déj cabinet», «naissance» ou, très régulièrement, «pot de départ» de l’une ou l’un de ses collaborateurs. Mais sans plus d’indication. On trouve bien la mention laconique «dîner commerçant» portée sur la note de 339 euros pour un dîner à la Datcha, un restaurant de son arrondissement, le 19 octobre 2024, mais les noms de ses deux invités n’y figurent pas. Or, sur les restaurants spécifiquement, le mémento exige que «leur objet et le nom des convives [doivent] être indiqués». L’élu égare une facture de 415 euros ? Il remet une attestation sur l’honneur, le 15 novembre 2021, censée prouver que la dépense a été effectuée dans les règles. Pour ses vêtements, François Vauglin privilégie Hugo Boss (par exemple 825 euros dépensés le 19 novembre 2021, puis 537 euros le lendemain…), Ron Dorff (la marque «la plus sexy du sportswear», assurait en 2022 un magazine de mode), où il achète nombre de tee-shirts, ou le célèbre chausseur Weston, où il acquiert une paire des mocassins emblématiques BCBG pour 770 euros (et 20 euros de cirage) le 8 novembre 2021, acquisition validée par les services de la ville. De même, lorsqu’il achète seize boîtes de chocolats dans la boutique Ducasse du XIe arrondissement, le 20 décembre 2024, ainsi qu’un sapin en confiserie, il indique «cadeau fin d’année équipe». Mais pas le nom de chacun des collaborateurs de son cabinet destinataire des confiseries. Relativisons néanmoins l’impact sur les finances de la ville : grâce à sa remise habituelle de 50 %, l’élu – qui n’a pas répondu à Libération – règle seulement ce jour-là 333 euros, au lieu des 666 euros qu’un client lambda aurait payés. Car la fréquence et le montant des achats chez le roi du chocolat, dont le remboursement est demandé, laisse pantois : plus de 5 000 euros de douceurs entre 2020 et 2024. Sans compter le café Ducasse et les biscuits Ducasse, souvent achetés dans la même boutique, le même jour, à quelques minutes d’intervalle. «Oui, j’aime beaucoup le chocolat, explique François Vauglin. Mais surtout je considère que c’est normal de mettre en valeur, au bureau, en offrant ses produits aux visiteurs, le seul chocolatier qui a installé ses manufactures dans l’arrondissement. Quant aux chaussures Weston, vous avez dû vous rendre compte par vous-même que c’est la seule fois que j’ai fait cette folie.» Le maire rappelle que «pour être indépendant des forces de l’argent, il faut que l’élu soit doté de frais de représentation. L’enveloppe dont nous bénéficions, et qui est contrôlée, est faite pour ça». Après avoir lui aussi fourni à plusieurs reprises de simples tickets de carte bancaire, Ariel Weil, le maire PS de Paris Centre (qui regroupe les Ier, IIe, IIIe et IVe arrondissements), a décidé d’être également plus transparent qu’avant, puisqu’il note chaque motif de dépense à partir de janvier 2024. Et si le nom des convives reste quasi inexistant sur les justificatifs, on peut apprendre qu’il prend un «café avec une collaboratrice», qu’il déjeune «avec des institutionnels culturels» ou des «habitants de Paris Centre», et qu’il a acheté pour 350 euros de tenues et «articles» pour les Jeux olympiques 2024 – donc les frais de représentation déterminés par le mémento semblent ici justifiés. D’autres justifications sont plus exotiques, comme cette place au théâtre de la Ville «pour une collaboratrice accompagnant pour une première institutionnelle» en mars, ou bien le «remplacement de lunettes perdues dans le cadre d’un déplacement» en août 2024. «Menus enfant» et room service Le mémento de la mairie de Paris précise par ailleurs que les «dépenses strictement privées ou se rapportant à une activité professionnelle ou associative» font partie de «ce qui ne peut pas être pris en charge». Plusieurs élus, comme Philippe Goujon ou Eric Lejoindre, ont pourtant demandé le remboursement de repas contenant des «menus enfant» : ainsi, l’élu du XVe règle un repas au café du Commerce le 5 janvier 2024 pour 82,90 euros, incluant deux menus enfant à 9,90 pièce. Au Suffren, une brasserie du quartier, il règle 133,50 euros en juin 2024 dont un menu enfant et un Fanta. Des «erreurs», plaide auprès de Libération celui dont les enfants sont des quadras, qu’il s’engage «à rembourser à la Ville». Dans un autre registre, le maire LR du XVIIe, Geoffroy Boulard, a versé un justificatif portant sur deux prestations de room service au cours d’une nuit passée en décembre 2021 à Maison Bréguet, un hôtel du… XIe. «J’ai effectivement le souvenir d’avoir déjeuné au restaurant Maison Bréguet à la pause déjeuner du conseil de Paris, répond-il. Je ne m’explique pas l’intitulé “room service” si ce n’est que mon convive de passage à Paris y logeait en effet sur place à l’hôtel du même établissement et avait réservé la table.» D’autres frais posent bien évidemment question. Les 65 euros de lampes antiodeurs de tabac achetées par Alexandra Szpiner, la femme de l’édile du XVIe, sont-ils des «frais de représentation» ? Francis Szpiner plaide une erreur de carte bleue et assure qu’il aurait «remboursé» si on lui avait demandé ce qu’était cette facture. Et ajoute : «Si j’étais à 65 euros près, j’aurais dépensé tous mes frais de mandat.» Pourquoi Emmanuelle Pierre-Marie, la maire du XIIe, se fait-elle rembourser l’achat d’un jeu de société, Pique Plume, destiné aux enfants de 4 à 9 ans, ou bien l’acquisition d’un pull, d’un tee-shirt et d’une veste polaire «pour hommes» en décembre 2024 ? L’année précédente, l’élue avait acheté un pantalon de ski, sans préciser s’il s’agissait de dépenses privées ou de «cadeaux protocolaires», autorisés. Pour la nourriture acquise dans des commerces de bouche, plusieurs édiles vont demander le remboursement de notes dans des fromageries (dont de la raclette) ou dans une boucherie, comme Jérôme Coumet, maire divers gauche du XIIIe, qui a envoyé un justificatif en février 2021 pour du pâté en croûte, un poulet cuit et du boudin noir. Ce dernier répond à Libération qu’il s’agissait d’achats pour une réunion «éducation» ayant eu lieu en mairie, afin que les participants «puissent grignoter». Côté Parlement Face à l’inflation, l’Assemblée augmente les frais de mandat des députés Et le Sénat fait de même Rares sont les édiles à préciser sur leurs justificatifs le motif de ces achats, qu’ils soient privés ou bien destinés à un pot à la mairie. Même les livres sont concernés, ce qui a le mérite de faire fonctionner les librairies locales. Une maire – de droite – a fait plusieurs notes pour des romans, alors qu’une autre – de gauche – préfère les bandes dessinées. L’un des ouvrages achetés par Florence Berthout (Horizons) semble en tout cas tout à fait à propos : le Petit Traité des grandes vertus d’André Comte-Sponville.

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